Ed, la hyène du Roi Lion, ne prononce pas un seul mot intelligible dans le film de 1994. Son rire hystérique et son regard vide constituent pourtant l’un des ressorts comiques les plus mémorables du trio formé avec Shenzi et Banzai. Derrière cette apparente simplicité se cache un personnage dont la construction narrative, le doublage et la postérité posent des questions que les fiches wiki classiques n’abordent pas.
Jim Cummings, voix d’Ed dans Le Roi Lion : un rôle sans réplique mais pas sans technique
Le rire d’Ed n’est pas un simple effet sonore. Jim Cummings, qui assure le doublage original du personnage, a construit une partition vocale complète à partir de gloussements, de grognements et de variations de souffle. Chaque scène exige un registre différent : le ricanement nerveux face à Scar, le rire mécanique lors de la poursuite de Simba et Nala, l’éclat presque dément quand Ed se mord la propre patte.
Jim Cummings cumule par ailleurs plusieurs rôles dans le même film, une polyvalence qui rend d’autant plus frappant le débat autour de la reconnaissance de son travail par Disney.
Jim Cummings n’a jamais reçu le titre de Disney Legend, malgré plusieurs décennies passées à incarner des personnages majeurs du studio. Cette absence a suscité une vague de réactions parmi les fans.

Ed comparé aux autres hyènes du Roi Lion : fonctions narratives distinctes
Le trio Shenzi, Banzai et Ed forme un groupe soudé, mais chaque hyène remplit un rôle précis dans l’économie du récit. Le tableau ci-dessous met en regard leurs fonctions respectives.
| Hyène | Mode d’expression | Fonction narrative | Relation à Scar |
|---|---|---|---|
| Shenzi | Dialogue articulé, ton autoritaire | Cheffe stratégique du trio | Interlocutrice directe, négocie les termes |
| Banzai | Répliques impulsives, plaintes | Relais comique verbal, exprime la frustration du clan | Obéit par intérêt, se plaint ouvertement |
| Ed | Rires, grognements, aucun mot | Ressort comique non verbal, signal de chaos | Aucun échange direct, suit le groupe |
Ed ne s’adresse jamais à Scar et ne reçoit jamais d’ordre individuellement. Sa présence sert de baromètre émotionnel : quand Ed rit, la tension retombe. Quand Ed cesse de rire, le danger est réel.
Un personnage muet qui fait avancer l’intrigue
Lors de la scène du cimetière des éléphants, c’est Ed qui repère Simba et Nala en premier. Son signal aux deux autres hyènes déclenche la poursuite. Dans la scène finale, Ed est le premier à se retourner contre Scar après que celui-ci ait tenté de rejeter la faute sur les hyènes. Le personnage muet agit donc comme un déclencheur narratif à deux reprises au moins.
D’Ed à Azizi : ce que le remake 2019 a changé pour la hyène folle
Le remake photoréaliste de 2019 ne reprend pas le personnage d’Ed tel quel. Il le remplace par un personnage nommé Azizi, interprété par Keegan-Michael Key. La rupture est nette sur plusieurs plans.
- Azizi parle couramment, avec des répliques complètes et un humour verbal qui contraste avec le mutisme d’Ed dans la version originale
- Le nom « Azizi » n’est jamais prononcé dans le film lui-même : il apparaît uniquement dans les crédits et les documents de production
- La dynamique comique passe du non-verbal (rires, mimiques) au verbal (jeux de mots, dialogues avec Kamari, l’équivalent de Banzai)
Ce choix illustre une tendance du remake à rationaliser les personnages. Le réalisme visuel du film de 2019 rendait difficile l’exploitation des expressions faciales exagérées qui faisaient la force d’Ed dans l’animation traditionnelle. Sans les yeux qui louchent et le sourire béat, Ed perdait son identité visuelle, d’où la décision de repartir d’un personnage neuf.

Le Roi Lion et ses hyènes : rôle écologique contre rôle scénaristique
Le film de 1994 présente les hyènes comme des charognards nuisibles, exilées dans un territoire stérile, affamées et soumises au pouvoir de Scar. Ce portrait repose sur des stéréotypes anciens.
Dans la réalité, les hyènes tachetées sont des prédatrices actives, pas de simples charognards. Elles chassent en groupe et capturent la majorité de leur nourriture. Leur structure sociale est matriarcale, ce que le film effleure à peine avec le leadership de Shenzi.
Le traitement des hyènes dans Le Roi Lion a influencé la perception publique de l’espèce pendant des décennies. Ed, avec son comportement erratique et son rire perpétuel, concentre cette caricature : il incarne le désordre face à l’harmonie supposée du règne de Mufasa.
Ed comme outil de contraste narratif
Le « Cercle de la vie » repose sur une hiérarchie claire entre prédateurs nobles (les lions) et opportunistes rejetés (les hyènes). Ed fonctionne comme l’incarnation la plus extrême de ce contraste. Son incapacité à communiquer verbalement le place au bas de l’échelle narrative, en dessous même de Shenzi et Banzai.
Cette construction a une conséquence directe sur la scène finale. Quand les hyènes dévorent Scar, le film les présente comme une force brute, presque irrationnelle. Ed, silhouette ricanante dans les flammes, résume à lui seul le chaos que Simba doit vaincre pour restaurer l’ordre sur la Terre des Lions.
Postérité d’Ed dans les adaptations et produits dérivés du Roi Lion
Ed apparaît dans plusieurs œuvres dérivées. Le préquel « Le Roi Lion 1 1/2 » (2004) reprend le trio de hyènes et montre leur attaque contre la colonie de suricates de Timon. Ed y conserve son rôle muet et comique, sans évolution.
Dans la série animée « Timon et Pumbaa », les hyènes reviennent épisodiquement avec une caractérisation plus cartoonesque encore. Ed reste un personnage secondaire dont le rire constitue l’unique trait distinctif.
Dans le merchandising Disney, Ed est systématiquement vendu en lot avec Shenzi et Banzai. Ce détail reflète la nature même du personnage, conçu pour fonctionner exclusivement dans un trio et jamais en solo.
Ed reste un cas singulier dans l’histoire de l’animation Disney : un personnage sans voix, sans arc de transformation, dont la fonction se limite au rire et au déclenchement du chaos. Le fait que les spectateurs retiennent son nom et son visage, des décennies après la sortie du film, en dit autant sur la force de l’animation traditionnelle que sur les limites du remake qui a tenté de le remplacer.

